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Test Man of Medan : premier volet d’anthologie ou horreur littérale ?

Dernière mise à jour le 26 août 2022

Sorte de Quantic Dreams de l'horreur, Supermassive Games a inité un tournant dans les jeux narratifs. Purement dévoué à faire se hérisser le poil des joueurs, voilà le développeur impliqué dans une anthologie d'horreur. Le premier volet, Man of Medan, est-il un fier représentant de la Dark Pictures Anthology ? Réponse à travers notre test.

5 ados sont sur un bateau : le début de Man of Medan, et non une blague

Alex, sa copine Julia, son frère Brad et le frère de sa copine, Conrad embarquent à bord du bateau de Flyss. Oui, ça fait un beau name-dropping qui caractérise bien les personnages. 5 post-ados qui espèrent une croisière à plonger et à ne pas boire exclusivement la tasse.

Lors d'une de leurs escapades sous-marines, ils trouvent une carte. Celle-ci pourrait-elle mener au trésor de Mandchourie, enfoui depuis des décennies ? Avant même d'avoir pu jauger cette éventualité, des pirates les abordent. Les brigands les forcent à rejoindre les coordonnées d'un paquebot où est supposé se situer le trésor de toutes les convoitises.

Une fois sur place, tout ne se passe pas comme prévu, et le véhicule maritime semble encore habité... Mais par qui ?

Horreur et narration : un jeu parfait pour une série B en solo ou à plusieurs

Marier le plaisir des séries B horrifiques avec des jeux d'horreur narratifs, c'est le principe défendu coûte que coûte par Supermassive Games. Et, je ne vais pas vous le cacher plus longtemps, c'est un credo qui me parle pas mal également.

Depuis Until Dawn, l'un des premiers jeux exclusifs de la PS4, le studio a parcouru son chemin. Fort de ce succès critique et commercial, Supermassive Games s'est émancipé de la tutelle de Sony pour élaborer la Dark Pictures Anthology.

Projet ambitieux, la première saison comporte quatre jeux, chacun doté d'une histoire et d'un environnement propres. Le premier épisode est nul autre que Man of Medan, qui nous intéresse ici.

Test Man of Medan jeu Dark Pictures Anthology
5 idiots sont sur un bateau. Aucun ne tombe à l'eau. À moins que ?

Le développeur britannique ne va pas réinventer sa formule. Tous les éléments ayant fait le succès de Until Dawn sont présents. Le joueur incarne à tour de rôle l'un des cinq protagonistes de l'histoire, chacun doté de sa personnalité.

Au gré des échanges, vous pourrez ménager les sensibilités, ou vous opposer à un personnage. Ce faisant, une barre d'affinité évoluera, altérant le déroulé de l'histoire ou les interactions que les protagonistes pourront avoir avec celui que vous incarnez à l'instant T.

Dans cet environnement maritime, sursauts et moments de tension seront légion. Pour passer au-delà, il faudra être réactif, avec de nombreux QTE à effectuer à temps. La recette tient-elle le coup, ou sombre-t-elle dans des abysses de ridicule ?

Plongée à haut risque avec une technique limitée

Ce n'est pas comme si le concept même de Man of Medan était novateur. Par le passé, certains studios, TellTale et Quantic Dreams en tête s'en sont fait les parangons. Supermassive Games apporte néanmoins un brin de fraîcheur, en mettant en scène des situations prétextes au déroulement d'une série B horrifique.

À ce titre, il faut noter que le cauchemar en haute mer relève d'un environnement assez singulier. Peu de films d'horreur ont placé leur action dans ce cadre. Pour compenser, il y a toujours des archétypes de personnages pour justifier le côté série Z.

Test Man of Medan critique Dark Pictures Anthology
Des phénomènes paranormaux se manifesteront rapidement sur le paquebot échoué.

De la capitaine sans peur au trouillard intello, en passant de l'athlète viriliste au rigolo de service, sans oublier la bimbo opiniâtre, les cases sont cochées. La subtilité, c'est que vous pourrez légèrement influer sur leur caractère. Le sportif se révèlera plus sensible ? L'intello plus audacieux, ou le rigolo moins lourd ? Il ne tient qu'à vous de le décider.

Ne demeure qu'un problème, inhérent au registre de "films d'horreur pour ado", mais davantage prégnant ici. L'attitude des personnages dénote complètement avec les horreurs qu'ils traversent. Certains jumpscares ou visions fugaces devraient céder le pas à une panique groupée.

Ici, les protagonistes se permettent souvent des blagues, ou des petites querelles complètement dépourvues de justification compte tenu des événements qu'ils ont à affronter.

On a connu écriture plus maîtrisée et aboutie. Toutefois, les joueurs auront tôt fait d'avoir un personnage préféré, qu'ils souhaitent préserver de toute mort précoce. À titre personnel, je suis très content d'avoir, outre le reste de l'équipe, pu sauver Conrad.

Man of Medan : une réalisation qui se noie complètement

Néanmoins, en pure considération cinématographique, Man of Medan est un retour en arrière ahurissant par rapport à Until Dawn. Si le précédent jeu de Supermassive Games ne brillait pas par sa technique, notamment sur les expressions faciales, il conservait toutefois un certain sens du cadre et de la mise en scène.

Pour l'essentiel, les décors de Man of Medan sont tous verdâtres et gris. La caméra ne se place que très rarement de manière audacieuse, et les déplacements des personnages sont très limités.

Test jeu Dark Pictures Anthology : Man of Medan sur PS4 PC et Xbox
Noyez-vous dans la soupe aux choix.

Pire encore ; il y a bon nombre de plans qui se juxtaposent de manière bancale lors d'une conversation. Grosso modo, on sent le jeu procéder ainsi : "séquence basée sur les choix du joueur", suivie de "séquence commune à tous les embranchements". Les deux phases se suivent avec peu de grâce, il faut le dire.

Parfois, une ellipse non indiquée laisse confus le joueur. Les personnages passent d'un endroit à l'autre sans coup crier gare. Heureusement, il y a certaines scènes, notamment à la seconde moitié du jeu, qui demeurent mémorables avec de vraies idées d'atmosphère, à défaut de génie de réalisation cinématographique.

Un petit mot sur le Conservateur

Le Conservateur est censé apporter du liant aux épisodes de la Dark Pictures Anthology. Comme le psychologue dans Until Dawn, il intervient lors de diverses étapes du récit. Cependant, ce personnage atteste du retour en arrière par rapport au précédent jeu. Sans idées, sans angoisser, mal animé, et finalement inutile, il est très loin d'être aussi mémorable que naguère Peter Stormare dans ce rôle.

Un concept qui tombe à l'eau

Outre la réalisation, l'aspect ludique de ce premier épisode de la Dark Pictures Anthology est malmené à plus d'un égard. Tout d'abord, les déplacements sont extrêmement fastidieux. Les personnages sont lents, et n'accélèrent jamais leur rythme de marche, en dépit de toute logique compte tenu de la menace qui plane au-dessus de leurs têtes.

Par ailleurs, si les premiers QTE sont très aisés à effectuer, il en est des complètement impromptus se révélant ardus. Le dernier du jeu, comprenant notamment une porte d'acier tombant sur un personnage, est extrêmement maladroit. À un moment précis, il faudra, sans crier gare, "masher" frénétiquement un bouton pour faire partir un personnage.

Test du jeu PS4 PC Xbox Man of Medan the Dark Pictures Anthology
Le QTE de la respiration... Brrr... Tellement mal expliqué qu'il condamne un pourtant bon concept.

Autant dire qu'au premier essai, mon personnage était mort. Non pas que le rédacteur de ces lignes soit une chêvre en QTE (c'est possible, finalement), mais la soudaineté et la forme de l'action à effectuer l'ont pris par surprise.

Et c'est pire, encore, avec le contrôle de la respiration. Un Quick Time Event qui est très mal expliqué lors de sa première apparition, et qui aura tôt fait de hérisser le poil de nombreux joueurs à l'issue du jeu. Pas de chance, on le retrouve dans Little Hope, sa suite.

Pour finir, certains QTE n'affectent que peu voire pas du tout le déroulé de l'histoire. Une histoire, paraît-il, à embranchements. Pourtant, les troncs communs sont si visibles que les différences sont sans doute minimes.

L'histoire se termine de manière particulièrement abrupte. Comme si, finalement, rien de tout cela n'avait de conséquence ou d'importance. Et c'est finalement ce qu'illustre la "révélation" sur la menace qui pèse.

Man of Medan : une bouée salvatrice aux trois quarts du jeu

En matière d'horreur, Man of Medan alterne le ridicule et le passable. Les jump scares sont légion (le bon vieux coup du rat ou du chat qui surgit de manière inopinée à l'ouverture d'un placard. Quant à savoir comment ils ont pu survivre sur un bateau échoué depuis plus 50 ans, c'est une autre histoire), et certains font leur effet auprès des joueurs.

Néanmoins, aux trois quarts du jeu, il y a un instant de grâce. Un moment où, la fine équipe séparée, chaque protagoniste est confronté à des événements plus qu'étranges. C'est à ce moment que Man of Medan peut séduire et être mémorable.

Test Dark Pictures Anthology jeu Man of Medan
Certains jumpscares feront leur effet. Et d'autres tomberont à l'eau. Hihi.

Une boucle temporelle qui se répète avec quelques variations ; des changements de visage ; la vision d'une pin-up glaçante. Ces éléments contribuent à faire monter la dose de trouillomètre du jeu. Sans être totalement flippant, le jeu devient, contre toute attente, intéressant de par sa proposition.

Et c'est grâce à ce genre de moments, ainsi qu'au malin plaisir voyeuriste à manipuler les émotions des personnages, que Man of Medan se rend sympathique. Pourtant, il n'est ni un bon jeu, ni un bon film. On le considérera comme produit passable, au final.

Un chouette moment à passer, tout seul dans le noir ou avec des amis, qui s'allonge sur 5 heures. Comme un film d'horreur quelconque dont on retire une agréable sensation, sans jamais toucher au génie.

Les plus

  • Certains personnages (un, en fait) très sympa ;
  • Quelques sursauts qui fonctionnent bien ;
  • Un troisième quart surprenant et bien plus marquant que le reste ;
  • Un environnement singulier et atypique pour un récit d’horreur.

Les moins

  • Techniquement obsolète depuis deux générations ;
  • Des déplacements vraiment bizarres ;
  • Le système de respiration, très peu clair ;
  • Certains QTE impromptus vraiment tendus à la fin ;
  • Certaines scènes très mal collées les unes aux autres, paradis des faux raccords.
  • Une fin abrupte, pour le moins.
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Le mot de la fin

Loin d'être exempt de défaut, Man of Medan est une semi-déception. Loin du charme de série B dont pouvait se targuer Until Dawn, le premier épisode de la Dark Pictures Anthology fait en plus trois pas en arrière d'un point de vue technique et cinématographique.

Pourtant, tout n'est pas à jeter. Déjà, pour les amateurs du genre, le concept à lui seul est propice à l'enthousiasme. De plus, certains passages sont mémorables, notamment passée la moitié du jeu. Et puis, c'est assez efficace pour prendre plaisir à se faire un peu peur.

Néanmoins, force est de constater que Supermassive Games avait un superbe coup à jouer. Ici, le joueur britannique touche le poteau pour sa première tentative. Pour un prochain essai réussi ? Hum, rien n'est moins sûr.

À propos de l'auteur

Solan
A passé un nombre indécent d’heures sur Rocket League pour finalement être Grand Champion. Préfère poster des bons plans aériens depuis.

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Prolongations : si vous avez aimé Man of Medan

Ah ça, des jeux narratifs horrifiques, il y en a quelques-uns :

  • The Quarry
  • Until Dawn
  • The Dark Pictures Anthology : Little Hope
  • The Dark Pictures Anthology : House of Ashes
  • et le petit dernier, The Dark Pictures Anthology : The Devil in Me.

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