Après le probant succès de Until Dawn, exclusivité PS4, et les plus mitigés épisodes de sa Dark Pictures Anthology, voici que Supermassive Games revient avec un jeu... qui ne diffère pas de ses précédentes productions. The Quarry est toujours l'occasion de retrouver une troupe d'adolescents, au sein d'une situation dramatique. Plus long, plus beau, ce jeu au casting prestigieux fit figure de slasher vidéoludique de l'été 2021.
Un été d'ailleurs un peu tristoune, qui s'est réchauffé au feu de camp de la carrière Hackett. Succès mérité, ou compensation en vue de meilleures propositions ? Découvrez notre test du jeu The Quarry pour le savoir.
Quelle histoire se raconte-t-on au feu de camp de The Quarry ?
Après deux mois de vacances, les moniteurs retrouvent le chalet Hackett en deuil des enfants retournés chez leurs parents. Normalement, leurs responsables devraient eux-mêmes retourner dans leurs pénates, et à leurs vies quotidiennes. Pas de chance : le van ne fonctionne pas, par l'entremise d'un personnage décidé à profiter un peu plus de son crush de l'été. L'amour vous fait faire des folies, que voulez-vous.
Résultat : le gang de moniteurs va devoir passer une dernière nuit au sein de la carrière Hackett, la fameuse Quarry évoquée dans le titre. L'aspirante influenceuse, le geek qui compense socialement, la débrouillarde, l'artiste, l'idiot bodybuildé et le romantique préparent une sacrée soirée pour fêter cela. Pas de chance : leur dernière soirée sur leur ancien lieu de travail ne va pas se passer comme il se doit.
Après avoir dû compenser l'absence de deux moniteurs, jamais venus pour des raisons mystérieuses, ils auraient bien pu profiter d'un peu de repos. C'était sans compter sur des chasseurs qui rodent, des créatures voraces, et même une présence surnaturelle. Décidément, on ne vous prévient jamais assez des responsabilités liées au BAFA.
Conditions de test
Le jeu a été testé dans une version commerciale, sur PS5. Aucun paramètre graphique vraiment utile n'a été activé. En revanche, des bugs visuels sont apparus, entre clippings et balisage de l'écran. Une première pour le testeur impliqué.
The Quarry, un camp de vacances pas comme les autres
On prend les mêmes et on recommence ? Après avoir traversé Until Dawn, Man of Medan ou Little Hope, le joueur retrouvera facilement les obsessions du développeur Supermassive Games. The Quarry prend la forme d'un film interactif, avec quelques rares phases d'exploration, des QTE à foison, et des choix menant à divers embranchements dans l'histoire.
Rien qui ne change vraiment ? Et bien, si, un peu. L'éditeur, tout d'abord, est inédit dans la ludographie de Supermassive Games. Après Sony et Namco Bandai, c'est 2K qui offre son aide pour ce jeu. Par conséquent, The Quarry est plus ambitieux et long que les épisodes de la Dark Pictures Anthology. Dans ce registre d'idées, il se rapproche grandement d'Until Dawn, dont il est le successeur désigné.

Les parallèles entre l'exclusivité horrifique de la PS4 et The Quarry sont légion. Des acteurs un brin plus prestigieux que d'ordinaire composent le casting ; la menace qu'affrontent les personnages est double, a minima ; et surtout, la réalisation graphique est de bien meilleure qualité que pour Man of Medan, Little Hope ou House of Ashes.
Apparu peu avant l'été 2021, dans une période encore refroidie par les conséquences de la pandémie mondiale, The Quarry a connu un franc succès. Chose un brin surprenante, pour un jeu vendu plein pot, assez limité en termes de gameplay, et proposant une dizaine d'heures de jeu au maximum. Cette réussite commerciale était-elle méritée ?
La technique : y a de Quarry-re ou pas ?
Indéniablement, ce n'est pas en termes techniques ou visuels que Supermassive Games a pu briller jusqu'à présent. Si Until Dawn exploitait les promesses d'une PS4 jusqu'alors nouvelle sur le marché, la Dark Pictures Anthology restait compulsivement sombre, et mal animée. Certes, au gré des épisodes, House of Ashes et The Devil in Me en tête, les aspirations cinématographiques du studio trouvaient un meilleur écrin.
Pour The Quarry, le développeur a travaillé son sujet. Jusqu'à exploiter pleinement le potentiel des consoles, current et next-gen ? Pas tout à fait. Étrangement, la version Playstation 5, testée ici, affiche des surcouches de points lors des panoramas sombres. Dans un jeu d'horreur, ils sont évidemment nombreux.

Néanmoins, un véritable effort a été fourni. Les animations des visages, si elles ne sont pas toutes réussies, trahissent tout de même une amélioration notable. Certains éclairages sont réellement réussis. À tel point que, lors de certains passages, notamment à la moitié du jeu, on se croirait en train de jouer à un film. Une véritable consécration pour le studio...
...Malheureusement entachée par des animations de marche assez bancales. Qu'ils marchent ou, hum, trottent, à défaut de mieux, les personnages évoluent un peu bizarrement dans les décors. D'aucuns pesteront également sur l'impossibilité de courir dans les escaliers, ou sur la caméra, parfois bien trop proche du dos des protagonistes dans les phases d'exploration.
Il y a donc du travail à effectuer à ce niveau-là. Peut-être pour le prochain gros jeu du studio ? En tous les cas, avec The Quarry, Supermassive Games semble être sur la bonne voie.
Une narration améliorée, pour des possibilités très vastes d'embranchements
Les experts du genre le savent : Supermassive Games se fait un plaisir de créer des jeux horrifiques aux multiples embranchements. Pour The Quarry, le studio annonce avoir créé 186 fins différentes. Lorsqu'on consulte l'épilogue du jeu, cela n'a rien d'étonnant, tant le bilan laisse percer des pistes inexplorées, des possibilités inédites.
Ces embranchements se décident de plusieurs manières. Parfois, il faudra prendre, ou laisser un objet. D'autres fois, décider de tirer, ou non, sur quelque chose, ou quelqu'un. Dans d'autres cas, il s'agit d'une option de dialogue, menant par exemple à scinder les troupes, ou à laisser un personnage à un endroit apparemment sécurisé.

Par conséquent, la replay-value de The Quarry est, potentiellement, immense. Comme souvent avec le développeur, il y a plusieurs couches diégétiques à cette histoire. Il y a fort à parier que les joueurs ne trouvent pas d'emblée "la vérité" lors de leur premier run.
Néanmoins, certains éléments sont un peu bancals. Trop souvent, des choix paraissent superficiels. Typiquement, choisir de fouiller dans des sacs plutôt que d'ouvrir une trappe n'empêchera pas votre personnage d'ouvrir ladite ouverture juste après avoir effectué la première action.
Par ailleurs, véritables reliquats de la Dark Pictures Anthology, certaines transitions sont mal amenées, ou abruptes. Un sentiment de juxtaposition de scènes un peu arbitraire se fait parfois sentir.
Y a-t-il un archiviste dans le camp de vacances ?
Comme toujours, un personnage fait le liant entre les divers chapitres de l'histoire, et s'adresse directement aux joueurs. C'est désormais une diseuse de bonne aventure qui remplit ce rôle, avec bien plus de succès que l'Archiviste de la Dark Pictures Anthology. Très bien joué, dérangeant dans certaines de ses apparitions, il ne laisse toutefois pas un souvenir aussi impérissable que son alter-ego de Until Dawn. Mais pourrait bien avoir un rapport direct avec l'histoire cette fois-ci...
La gestion des personnages : bonne pioche ou coup de marteau pour The Quarry ?
C'est donc une joyeuse petite troupe que vous contrôlerez, tour après tour, avec The Quarry. Il est un élément sur lequel se distinguaient particulièrement les précédents jeux de Supermassive Games : la gestion des relations entre protagonistes. Au gré des décisions et actions effectuées, certains liens pouvaient se renforcer, ou complètement se déliter.
Petite surprise pour The Quarry : il n'y a plus de barres d'affinité, comme cela pouvait être le cas par le passé. Par conséquent, il n'est presque plus possible de vérifier en un coup d'oeil l'état de vos relations avec un ou plusieurs personnages.
Néanmoins, des petits fanzines présentant votre historique de choix restent accessibles. Moins accessibles et immédiats, ceux-là permettent toutefois de revisiter les différentes options effectuées.

La galerie de personnages, quant à elle, reste caricaturale. Entre le geek blasé, le solitaire réservé, la bimbo influenceuse, le sportif décérébré, l'artiste sensible, le romantique et la fille efficace : tout correspond à des archétypes, vus et revus dans les slashers pour jeunes adultes. Néanmoins, au gré de l'histoire, certains deviennent plus attachants que d'autres.
On regrettera tout de même l'impossibilité de changer drastiquement le contenu de dialogues, lorsque le personnage n'est pas contrôlé. Ainsi, un protagoniste au caractère abrupt, que l'on s'évertuait de rendre plus sympathique et compatissant, reprendra ses mauvaises habitudes une fois hors de contrôle. Un élément qui pourrait agacer, surtout en multijoueur.
Le multi, ça vous gagne
On l'a dit : la replay value de The Quarry est potentiellement immense. Et cela a notamment trait à la présence d'un mode multijoueur assez bien vu dans l'ensemble. En local, ou en ligne, les joueurs pourront parcourir le jeu et découvrir de nouveaux embranchements.
L'idée, ici, est de sélectionner un ou plusieurs personnages parmi les huit contrôlables au sein de l'histoire. Petit piège cependant : certains seront bien plus valorisés que d'autres, tendant à rendre l'exercice frustrant pour des joueurs responsables de protagonistes effacés pendant un tiers ou une moitié de l'histoire. Ou pire, qui auraient péri de manière précoce.

L'aventure, pour peu que l'on ne craigne pas un peu de gore, est accessible à tous les joueurs. Pour faciliter sa pratique à plusieurs joueurs, certaines options sont disponibles. Les touches de Quick Time Event peuvent être les mêmes, et les délais pour décider ou appuyer sur un bouton étendu. De quoi pouvoir inviter jusqu'à 7 amis chez soi et se lancer dans une sacrée soirée The Quarry.
On le rappelle, toutefois : certains personnages sont moins mis en valeur, ou peuvent périr rapidement. On préfèrera alors être entre deux ou quatre joueurs pour le multijoueur, afin de ne frustrer que le moins de personnes en cas de mauvais choix. Petite aide, également : les personnages féminins sont, généralement, davantage présents en temps de jeu.
Du contenu en veux-tu en voilà
En plus des modes solo et multi, The Quarry propose de voir l'aventure comme un film. Les paramètres sont exhaustifs, et le joueur vraiment installés dans un fauteuil de réalisateur. En outre, une demi-douzaine de podcasts assez longs peuvent être écoutés librement. De quoi s'immerger un peu plus dans le ton du jeu, avec un contenu étonnamment étoffé.
The Quarry, l'apothéose de la vision de Supermassive Games pour le jeu d'horreur interactif ?
Au moment de la sortie de The Quarry, Supermassive Games pouvait se prévaloir de quatre productions dans son registre particulier de jeu d'horreur interactif. Et cela, sans même compter Hidden Agenda, court thriller à embranchement jouable sur PS4 avec le système Play-Link, par smartphones. Après autant d'essais, le studio a-t-il trouvé la formule gagnante à travers The Quarry ?
Le constat est mitigé. D'une part, en termes d'histoire pure et dure, ce jeu est peut-être plus ambitieux que par le passé. Il mixe les bonnes idées de Until Dawn avec la rare innovation bien vue de Little Hope : celle d'avoir une histoire cachée, à côté de laquelle on peut largement passer à côté. D'autre part, il est toujours empêtré dans de surprenants problèmes d'ergonomie et d'embranchements.

La caméra trop proche des personnages dans certains passages cloisonnés ; les smartphones servant de torche mais n'éclairant parfois nulle part ; des décisions artificielles, qui ne changent absolument rien ; le retrait des barres d'affinité. Autant d'éléments qui constituent un retour en arrière par rapport aux meilleurs éléments de productions passées.
En revanche, le bond graphique est appréciable, et se voit particulièrement lors de la seconde moitié. Le multijoueur, plus étoffé, est aussi bienvenu. De manière générale, le jeu est plus jouable et accessible que les épisodes de la Dark Pictures Anthology. Il parviendrait même à titiller Until Dawn, référence du studio en la matière.
Mais, las, force est de constater que The Quarry, s'il fait figure de bon divertissement pour les amateurs, ne parvient pas à effrayer ou captiver comme naguère son aîné. Jamais Supermassive Games n'a été aussi proche d'égaler son prestige passé. On attend avec impatience sa prochaine tentative.